SYNDROME D'ASPERGER

Forum destiné aux personnes asperger ainsi qu'aux parents et proches d'enfants, d'ados et d'adultes présentant le syndrome d'Asperger
 
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 Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)

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Dumbo



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MessageSujet: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Lun 07 Jan 2019, 11:57

Bonjour à toutes et à tous,


Par avance, je vous demanderais de bien vouloir me pardonner ma fâcheuse tendance à ne pas parvenir à exprimer brièvement, par écrit, ce qu’il me semble nécessaire d’exposer longuement, et en détail. C’est une chose qui m’est souvent reprochée dans mon cadre professionnel et de nombreux collègues me confient qu’ils ne prennent que rarement le temps de lire mes mails entièrement. Dès lors, si vous me lisez et que, en plus, vous trouvez le courage de le faire intégralement, vous aurez déjà droit à mon éternelle reconnaissance malgré le fait que je ne vous connais pas encore 😊


Par ce message, j’aimerais vous partager ce que j’ai vécu ces dernières semaines, vous exposer les raisons qui m’ont conduit ici, vous expliquer pourquoi je vous pollue avec mes doutes et mes prises de tête. Mais d’abord, les présentations !


Je suis un homme de 34 ans, belge, vivant dans la région de Namur. Je suis marié depuis presque 10 ans, j’ai une adorable petite fille de 7 ans et un formidable fils de 2 ans. Je travaille comme directeur d’une association qui se donne pour mission de promouvoir et défendre les valeurs de la laïcité (liberté, égalité, solidarité, liberté d’expression, liberté de pensée, Droits de l’Homme…) en Belgique. J’ai grandi dans un village perdu au milieu des forêts ardennaises, j’ai fait des études de philosophie à Bruxelles et je me suis réfugié ensuite dans un petit village-dortoir où j’ai acheté une maison afin de me préserver du brouhaha incessant des grandes villes. J’aime mon travail, même si je déteste les aspects liés à la gestion d’équipe. J’aime ma famille que je considère comme un refuge. J’aime mes amis, même s’ils ne sont que peu nombreux (3).


Dans ma vie de papa qui m’apporte plus de bien-être que tout le reste, j’ai été confronté à une situation qui m’a interpellé concernant ma fille. Depuis son plus jeune âge, elle fait preuve d’une incroyable capacité de réflexion. Elle est très éveillée. Elle parlait correctement à l’âge d’un an, elle est curieuse de tout, pose 1000 questions à la minute, s’interroge sur des sujets très spécifiques qui dépassent les centres d’intérêt d’enfants de son âge (les étoiles, les atomes, la vie, la mort, la religion…). Depuis son entrée à l’école, elle fait preuve de très grandes capacités intellectuelles. Elle est parfaite dans toutes les matières (sauf en gymnastique) et ses bulletins scolaires font ressortir des résultats qui tournent, en moyenne, aux alentours des 98%. Or, de façon très surprenante dans la mesure où elle a toujours dit qu’elle aimait l’école, depuis le début de l’année, elle a commencé à s’en plaindre :


- Elle aimerait avoir plus d’amies ;
- Elle se sent incomprise des autres enfants ;
- Elle s’ennuie en classe ;
- Elle est tout le temps fatigué, même si elle fait de longues nuits de sommeil ;
- Elle regrette son ancienne institutrice avec qui elle avait établi une relation de confiance.

Face à cette situation, j’ai poussé un peu plus loin mon analyse et j’ai cherché à mieux comprendre ce qu’elle pouvait vivre au quotidien. Quelques éléments particulièrement interpellant se sont alors révélés à moi :


- J’ai réalisé à quel point elle affectionnait la solitude, même si elle s’en plaint ;
- J’ai appris qu’elle parlait du suicide comme de quelque chose qu’elle compte faire lorsqu’elle sera adulte ;
- J’ai observé ses incessantes disputes avec sa maman qui a du mal à comprendre sa manière de fonctionner ;
- J’ai vu son intolérance aux mots qui ne sont pas correctement employés ;
- J’ai réalisé qu’elle avait un humour très atypique ;
- J’ai perçu sa réticence à nouer des liens avec des enfants qu’elle ne connait pas déjà ;
- Il lui arrive de pleurer sans pouvoir en identifier la cause ;
- …


En faisant le lien entre tous ses éléments et ses grandes facilités intellectuelles, j’ai commencé à m’intéresser à la douance. J’ai retrouvé en elle tous les traits caractéristiques d’une enfant HP. J’en ai parlé avec son prof qui m’a encouragé dans cette voie. J’ai partagé mes observations avec des parents d’enfants surdoués qui m’ont donné encore plus de raisons d’aller dans cette direction. J’ai fini par prendre rendez-vous avec une institution spécialisée dans la compréhension des intelligences multiples qui m’a une nouvelle fois conforté dans mes impressions. Il y a deux semaines, ma fille a donc passé un test de QI et nous aurons les résultats le 12 janvier.


En parallèle, au plus j’apprenais de nouvelles choses sur le haut potentiel intellectuel, au plus j’identifiais ma fille dans ce fonctionnement atypique, au plus je prenais conscience que tout ce que je percevais en elle était le miroir de ce que j’ai été quand j’avais son âge. À force de réflexion, sans trop y croire, j’ai également pris un rendez-vous auprès de ce centre. Mardi dernier, le 2 janvier, je suis allé à une première rencontre.


Je suis arrivé là-bas étrangement stressé. Je tremblais, je ne savais pas comment aborder les choses, je m’étais écrit un texte dans ma tête pour lancer la discussion, mais je me sentais comme paralysé. Le dos trempé, des tremblements des mains et des jambes que je ne m’expliquais pas, j’ai finalement sauté le pas et j’ai récité ce que je souhaitais exprimer. Petit à petit, je me suis détendu et du monologue, nous sommes passés à l’échange. J’exprimais les raisons qui m’avaient conduit à ce rendez-vous et je répondais aux questions qui m’étaient posées. J’ai mis en avant différentes choses :


- Mon incomparable capacité à me passionner pour des sujets et m’en lasser très rapidement dès que j’avais le sentiment d’en avoir fait le tour ;
- Mon manque croissant de confiance en moi ;
- Ma tendance à toujours tout intellectualiser ;
- Mes grandes facilités intellectuelles qui ont fait que je n’ai jamais eu à fournir le moindre effort pendant mon parcours scolaire et universitaire ;
- Le sentiment de décalage que je ressens avec les gens que je ne connais pas ;
- Les difficultés que j’éprouve à me faire comprendre de mes collègues ;
- Mes troubles alimentaires qui font que je suis parfaitement incapable de manger des choses que je ne mange pas déjà (régime très très restrictif que j’ai compris comme étant de la néophobie alimentaire) ;
- Des pensées omniprésentes qui font que je suis tout le temps fatigué ;
- Une anxiété croissante qui s’impose de plus en plus avec les années ;
- Une tendance inconfortable à tout le temps être dans l’appréhension et dans l’anticipation (même de choses qui ne se produiront probablement jamais) ;
- Un mal-être intérieur lié à l’absurdité du monde qui nous entoure ;
- Des sens particulièrement développés (j’entends des bruits que personne d’autre ne perçoit, j’identifie des odeurs dans chaque lieu que je visite, j’ai une vue périphérique qui me fait m’arrêter sur des détails imperceptibles, un sens du gout particulièrement prononcé et un touché exacerbé qui me fait fuir les contacts physiques avec des personnes autres que les membres de ma famille) ;
- Une intolérance à certaines textures ;
- Un irrépressible besoin de solitude ;
- Une frustration liée à une solitude trop pesante qui fait que je me sens d’autant plus isolé qu’il y a beaucoup de monde autour de moi ;
- Une capacité à faire preuve d’incroyables compétences pour des sujets qui me passionnent et de passer pour quelqu’un d’incompétent dans des sujets dont je me fiche éperdument ;
- …


Bref, j’ai parlé de toutes ces choses qui, selon moi, témoignaient de ce que j’avais identifié comme étant un haut potentiel intellectuel.


Après m’avoir longuement écouté et interrogé, la personne en face de moi m’a montré un badge qu’elle avait attaché à son col. Il s’agissait d’un « A » rouge sur fond bleu. Un logo qui m’a fait penser à celui de superman. Elle m’a regardé en souriant et, sans détour, m’a demandé si je m’étais déjà renseigné sur l’autisme Asperger. Je ne connaissais absolument rien du sujet et, dans mon esprit, « autisme » et « Asperger » étaient deux choses différentes. J’assimilais le premier à Dustin Hoffman dans Rainman, le second à Sheldon Cooper dans Big Bang Théory. Elle m’a expliqué que le Syndrome d’Asperger était quelque chose de très méconnu, qu’il renvoyait à des fantasmes et que les infos qu’on peut trouver à son propos sur le net sont souvent très mauvaises et pleine d’a priori. Elle m’a conseillé quelques pistes (dont le blog « emoiemoietmoi » que je trouve extraordinairement éclairant concernant ma situation) et, depuis ce rendez-vous, je ne pense plus qu’à ça. Je bouffe de l’info du matin au soir, j’ai du mal à m’endormir tellement ça tourne dans ma tête, c’est la première chose à laquelle je pense lorsque je me réveille, j’analyse tous mes faits et gestes, je passe des tests sur internet (Aspie-quiz, Quotient Autistique, RAADS-14, RMET). Je ne parle plus que de ça.


J’ai l’impression d’avoir mis le doigt sur quelque chose qui est présent dans ma famille depuis toujours. Mon grand-père maternel a toujours eu un comportement atypique que nous identifiions comme étant de l’excentricité (nous avions l’habitude de le comparer à Louis de Funès). Ma mère a été diagnostiquée bipolaire il y a peu, mais le traitement qu’elle prend ne fait qu’accroitre ses problèmes. Mon frère est suivi par un psy qui l’avait déjà encouragé à explorer la piste de l’autisme, ce qui nous avait tous fait bien rire, car on ne l’a jamais vu se taper la tête contre les murs. Ma sœur, avec qui je parlais de tout ceci, m’a confié s’être déjà renseignée par le passé, car elle observait d’étranges similitudes entre son fonctionnement et le syndrome d’Asperger.


Face à tout ceci, et c’est pour cela que je vous écris, je suis pris de nombreux doutes. Je ne sais plus où j’en suis. D’un côté, il y a tous les éléments qui me font penser que la personne qui m’a encouragé à me renseigner sur le SA a peut-être vu très clairement en moi. Mes analyses récentes m’ont permis d’identifier certains comportements que j’avais, mais qui m’avaient toujours semblé naturels :


- Je suis incapable de rester assis à table sans jouer avec le premier truc qui me passe sous la main ;
- Je mange toujours avec les mêmes couverts ;
- J’ai des places favorites pour tout (cinéma, restaurant, repas à la maison, canapé du salon) et je n’aime pas quand je ne peux pas m’assoir là où je veux ;
- Au plus je parle avec des gens pendant la journée, au plus je suis fatigué le soir ;
- Quand je me déplace, j’ai presque toujours une main en poche et je joue avec mes clés de voiture ;
- Je déteste le contact avec la laine ;
- Je n’arrête pas de me morde la langue et l’intérieur des joues ;
- J’ai toujours eu le sentiment d’être en mage de la société ;
- J’ai vécu du harcèlement, des moqueries et des violences physiques et verbales de la part des enfants de mon âge lorsque j’étais gamin ;
- J’écrase mes yeux avec mes doigts dans les situations de stress ou d’énervement ;
- J’ai une relation très particulière à la solitude : j’ai besoin de solitude choisie (rester seul dans mon salon lorsque tout le monde dort dans la maison), mais je déteste la solitude imposée (ressenties dans les endroits où il y a plein de monde : villes, magasins, concerts, manifestations…) ;
- J’ai toujours tendance à reprendre ma femme en lui demandant d’exprimer clairement les choses plutôt que de le faire via des sous-entendus ;
- Je ne supporte pas qu’on me parle de manière interminable pour m’exprimer quelque chose qui peut se résumer en quelques mots ;
- J’ai l’impression de ne jamais être moi-même (sauf quand je suis avec mes enfants) ;
- J’appréhende constamment le fait d’avoir à discuter avec des gens que je ne parviens pas à cerner ;
- Enfant, je connaissais par cœur un livre sur les oiseaux et un autre sur les champignons. Je passais mes journées à observer le jardin dans l’espoir d’y apercevoir des passereaux qui étaient mentionnés dans mon livre et, lorsque c’était le cas, j’essayais de les dessiner, seul dans ma chambre ;
- J’ai toujours aimé collectionner les choses (pin’s, surprises Kinder, maquettes, petites voitures, livres, bandes dessinées, lego…) ;
- Je nage aussi bien qu’une enclume lancée depuis le pont d’un bateau ;
- Je suis incapable d’aborder des personnes que je ne connais pas, ce qui m’handicape fortement dans le cadre de mon travail de directeur d’association ;
- Dans ma tête, je fais toujours à l’avance les conversations que je vais avoir et si, lorsqu’elles ont lieu, elles ne se déroulent pas comme je l’avais imaginé, je perds mes moyens, je m’efface et je donne raison à l’autre même quand je sais qu’il a tort ;
- Je peux passer des heures entières à refaire dans ma tête des discussions qui ne se sont pas déroulées comme je l’aurais espéré et je culpabilise de ne pas avoir dit les choses que j’aurais dû dire, mais auxquelles je n’ai pas pensé sur le moment ;
- Je suis un éternel observateur. Dans des situations sociales, je suis généralement en retrait. Je regarde, j’écoute, j’analyse, j’interviens peu ;
- Par contre, si je prends la parole, j’ai du mal à m’arrêter et je n’accepte pas qu’on puisse penser différemment de moi ;
- …


Mais dans le même temps, je vois aussi tout le reste.


- Je ne crois pas en la probabilité qu’il puisse y avoir autant d’Asperger dans une même famille ;
- J’ai l’impression que mon besoin de reconnaissance me fait surinterpréter mes symptômes ;
- Je me demande si le fait que la femme que j’ai rencontrée est Aspie ne lui fait pas percevoir en moi des choses qui lui sont propres ;
- Je crains que les connaissances que j’acquiers sur le sujet ne me fassent adopter des attitudes qui ne sont pas les miennes ;
- Je déteste les étiquettes (des vêtements aussi, mais ce n’est pas de celles-ci dont je parle ici 😊) que l’on a pris l’habitude de s’attribuer dans cette société malade où chacun semble vouloir manifester sa spécificité pour justifier sa différence ;
- Je refuse de m’enfermer dans quoi que ce soit, car je suis un être humain avant toute chose et ce ne sont pas mes spécificités intellectuelles ou neuro atypiques qui doivent me définir ;
- Si je devais réellement être Aspie, cela signifierait que j’ai une capacité incroyable à dissimuler mes symptômes, car personne dans mon entourage ne pourrait soupçonner quoi que ce soit ;
- Même si les gens m’emmerdent le plus souvent, j’ai tout de même une vie sociale épanouie ;
- En dehors de cette soudaine passion pour le syndrome d’Asperger, cela fait très longtemps que je n’ai plus eu de réels intérêts restrictifs ;
- J’ai peur que d’identifier un éventuel SA ne m’encourage plus à faire des efforts d’adaptation au monde dans lequel je suis forcé de vivre (qu’est-ce que je peux détester le fait de devoir téléphoner à des gens que je ne connais pas !) ;
- Je ne parviens toujours pas à me dire que tout le monde ne fonctionne pas comme moi (pourtant, j’ai obtenu 136/200 à l’Aspie-Quiz alors que ma femme ne dépasse pas 46/200 😉 ) ;
- …


Je pense que je pourrais continuer pendant des heures à vous exposer l’état actuel de ma réflexion. Je me sens complètement perdu et je ne trouve plus rien dans ma vie qui suscite le moindre intérêt chez moi. Je suis censé avoir repris le travail ce matin, mais j’ai prétexté une nuit blanche (ce qui est presque vrai) afin de rester chez moi un jour de plus et ne pas devoir subir le stress énergivore d’une rentrée après des congés. Je prévoyais de travailler à distance, mais je réalise que ça fait une heure que je suis en train d’écrire ce message et que mes mails s’accumulent dans ma boite de réception.


Je vais donc m’arrêter ici, en ayant peu d’espoir que qui que ce soit perdra son temps à lire tout cet épanchement impudique. Je réalise que cela m’a fait du bien d’écrire tout ceci. J’ai souvent besoin d’écrire pour structurer ma pensée et l’effort que j’ai fait pour m’adresser à vous m’a permis de recentrer mes réflexions. Bref, que vous me lisiez ou pas, je vous remercie malgré tout 😊


En vous souhaitant une agréable journée/soirée/nuit (en fonction du moment où vous me lirez).

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Jf79



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Mar 08 Jan 2019, 09:36

Bonjour,
C'est bien écrit Smile
Même symptômes, tant pour ma fille que la tienne, tant pour toi que pour moi Wink
Tous les deux diagnostiqués en 2018, elle à l'ucl, moi au cral.
J'apprécie le suivi par le cral, un peu moins celui de l'ucl
Le diag a été positif, je peux t'encourager à faire la demande, sans crainte, vu ce que je vois de toi.
Cela pourrait amener plus de tolérance par rapport aux besoins particulier mais ça pourrait être important pour la légitimisation de son identité, de ses caractéristiques.
S'accepter, comprendre pourquoi tant de choses coûtent autant et comment aménager pour plus de confort (supports visuels)
Jean-François
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Dumbo



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Mar 08 Jan 2019, 14:27

Merci beaucoup pour cette réponse. Et merci aussi de m'avoir lu Smile

Hier soir, j'ai passé ma soirée à repenser à certains événements de mon enfance, et cela m'a révélé encore davantage d'éléments qui vont dans le sens du SA.

Par contre, je continue de trouver cela surréaliste...

Même si je ne vais jamais vers les gens, cela ne m'a jamais empêché d'avoir une vie sociale épanouie. Certes, j'ai tendance à fuir les personnes qui ne partagent pas mes points de vue et mes centres d'intérêt, car je n'ai rien à leur dire ou alors on se prend la tête sur des opinions, mais c'est quelque chose que je retrouve chez l'ensemble des personnes qui peuplent notre monde.

Oui, je suis tout le temps dans l'appréhension et quand je sais que j'aurai à parler de sujets délicats avec des personnes que je ne parviens pas à cerner correctement, ça m'angoisse énormément. Je me fais la discussion dans ma tête avant de rencontrer la personne, je suis démuni quand elle réagit d'une autre manière que ce que j'avais anticipé, je me refais le film pendant des heures en regrettant de ne pas avoir dit telle ou telle chose, mais une fois encore, autour de moi, il y a plein de gens qui fonctionnent de cette manière. Cela peut être représentatif d'une grande anxiété sans pour autant être de l'ordre du spectre autistique.

Oui, je peux m'emballer à fond sur certains sujets (comme c'est le cas depuis une semaine avec le syndrome d'Asperger), mais là aussi, je ne vois rien de surprenant. Qui ne va pas commencer à s'informer de manière intense sur un sujet dont il a le sentiment qu'il le concerne au plus haut point ?

Il m'arrive de prendre certaines informations au premier degré, sans saisir le sens caché de ce qui m'est exprimé, mais globalement, je n'ai pas de souci avec les sous-entendus. J'en fais moi-même énormément, j'adore l'humour au second degré, je suis capable de rire de tout et rien ne m'amuse davantage que le burlesque.

Il m'arrive de ne pas comprendre correctement le non verbal des gens, mais je me vois plutôt comme quelqu'un de très empathique, capable de se mettre à la place des autres et de comprendre comment ils fonctionnent. J'ai souvent le sentiment de mieux connaitre les gens que ce qu'ils se connaissent eux-mêmes.

Quand quelque chose me dérange, j'ai plutôt tendance à ne pas le dire. Je n'ai jamais pu exprimer clairement mes ressentis oralement (d'où mon refuge permanent dans l'écrit). Je ne suis pas quelqu'un qui va brusquer les autres en leur disant des choses qui leur feront du mal. J'ai trop d'empathie pour ça. Il faut vraiment qu'on me pousse à bout et là, il est vrai que quand je craque (ce qui a dû m'arriver 2-3 fois dans ma vie), je deviens excessif et je dis des choses qui blessent énormément. Mais je le regrette par la suite.

Je peux tempérer l'ensemble des caractéristiques Asperger que j'observe en moi. Aucune n'est aussi manifeste et aussi intense que ce que semble supposer le syndrome. Je suis tout le temps crevé, je fuis la foule, j'ai besoin de calme et de solitude, je suis tout le temps anxieux, je déteste subir le stress des autres, je suis quelqu'un de passionné, je passe facilement de l'optimisme au défaitisme le plus total, je prends davantage de plaisir à observer qu'à participer...

Oui, il y a beaucoup de choses en moi qui font penser à un comportement qui pourrait être caractérisé d'autistiques, mais il y a autant de choses qui peuvent laisser supposer un fonctionnement neurotypique. Du coup, je ne sais pas si j'ai vraiment envie de me lancer dans une démarche de diagnostic, parce que je ne suis pas certain que cela me ferait du bien de passer ma vie à traiter un symptôme qui, s’il est réel, ne fait rien de plus que de me bouffer mon énergie et engendrer chez moi de l'anxiété. Car, finalement, j'ai quand même le sentiment que nous sommes tous crevés et anxieux. Non ?

C'est étrange tout ça... Je me suis couché, hier soir, avec le sourire. J'ai découvert le blog "Le temple bleu". Tout ce que j'y lis me fait penser à moi. Je retrouve chez cette personne les mêmes doutes que ceux que j'expose ici. Le même genre de traumatisme lié à l'enfance. Je me suis couché en souriant, car je me suis dit "OK, maintenant, je comprends. Ça explique tout et ça va me permettre de mieux vivre au quotidien".

Et puis, ce matin, mon éternel besoin d'intellectualiser m'a fait prendre en considération les soucis indéniables de notre société contemporaine. J'ai le sentiment que tout le monde cherche la reconnaissance de ses pairs et que, pour cela, on aime se voir attribuer une étiquette. Or, je ne veux pas me rendre coupable de ce que je reproche aux autres (c'est un principe auquel je ne déroge jamais). Certes, je trouve cela tentant de pouvoir considérer que je suis Aspie et que cela explique tous les soucis que j'ai rencontrés dans ma vie, mais n'est-ce pas lâche de chercher à identifier une cause pour justifier toutes les erreurs que l'on a pu commettre ? Est-ce que ma quête de connaissance de moi n’est pas en train de me pousser vers une identification à autrui pour me faciliter la vie ?

Quant à la situation de ma fille, que dire ? Hier soir, elle est venue vers moi avec une paire de ciseaux en me demandant si je pouvais couper l’étiquette de son pyjama. J’ai également découvert cet article qui exposait, de manière humoristique, ce qui pouvait s'avérer le pire réveillon de Noël d'une petite fille Asperger (je voulais partager le lien de l'article, mais en tant que nouveau membre, le forum me signale que ce n'est pas possible de partager des liens). Je l’ai lu en riant, car je me suis dit qu’effectivement, un tel événement serait la pire soirée de sa vie pour ma fille. Mais cela étant, quel enfant aimerait vivre ce genre de situation ?

J’ai le sentiment que ce n’est pas anodin que d’être diagnostiqué Asperger. Cela implique un lourd suivi psychologique par la suite et je ne sais pas si j’ai envie d’initier ce genre de chose. Ma fille ne serait-elle pas plus heureuse sans devoir se préoccuper de tout cela ?

Ce qui me perturbe le plus, c’est qu’en découvrant les manifestations du syndrome, j’en observe des traces chez un grand nombre de personnes que je fréquente. Or, tout le monde n’est pas autiste.

Et puis, en même temps, je lis votre réponse… Du coup, une fois de plus, je replonge et je me dis qu’effectivement, il y a trop de coïncidences que pour ne pas les prendre en considération. Bref, je suis complètement perdu…

En fait, ce qui me fait peur avec tout ceci, c’est que cela me touche autant. Pourquoi est-ce que je ne pense plus qu’à ça alors que ma réaction aurait dû être de balayer cette idée d’un revers de la main ?
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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Jeu 10 Jan 2019, 14:40

Ça n'a rien de lourd, ça allège (selon moi)
Et ça ouvre des portes

Rien qui soit incompatible
Pas étonnant que l'entourage soit assez semblable, qui se ressemble s'assemble, les 3/4 des autistes ne sont pas diagnostiqués et il y a une dimension génétique
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Dumbo



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Jeu 10 Jan 2019, 22:44

Peut-être est-ce mon appréhension face à l'inconnu et à quelque chose que je ne connais pas. Quand on s'est vu d'une certaine manière pendant 34 ans, j'imagine que ça fait peur de réaliser qu'on a pu se tromper à ce point... Je comprends pourquoi toutes les personnes ayant obtenu leur diagnostic repensent à toute leur vie en la regardant avec un nouvel éclairage, je devine les raisons qui font qu'elles ressentent le besoin de le partager avec tout le monde. Comme s'il était vital de rétablir une vérité à laquelle on a du mal à croire.

Je rentre à l'instant d'une soirée où il y avait une bonne 50aines de personnes. Je les connais tous très peu, mais ce ne sont pas des inconnus pour autant. Généralement, lorsque je rencontre ces personnes, je suis toujours avec les 2-3 mêmes, à l'extérieur, en train de fumer des clopes. Lorsque je suis arrivé, elles n'étaient pas encore là. Par bienséance, je suis allé dire bonjour à tout le monde, mais c'était la première fois de l'année que je revoyais tous ces gens...

Je déteste cette tradition du "bonne année" et des "meilleurs voeux". Je trouve que ces formulations ne veulent rien dire, qu'elles sont vides de sens et qu'on ne les prononce que par hypocrisie, car objectivement, tout le monde s'en fout de comment les autres vont vivre leur vie. Chacun ne pense qu'à lui-même, ça demande déjà bien assez d'efforts vu l'état de délabrement de notre société.

Toujours est-il que j'ai eu à subir cela également. Et quand cela arrive, je ne sais pas quoi répondre, ni comment réagir. Je me trouve ridicule quand je prononce moi-même des "meilleurs voeux" ou des "bonne année", mais je vois bien que mes interlocuteurs ont du mal à se satisfaire de mes "pareillement".

Après ma tournée des bonjours, mes partenaires de nicotine n'étaient pas encore arrivés et tous les autres étaient rassemblés par petits groupes, en train de discuter de futilités. Je me promenais dans l'assistance, je faisais des aller retour aux toilettes, je faisais semblant de consulter mon téléphone en étant persuadé que tout le monde voyait que j'étais paumé et que je ne savais pas quoi faire.

Dans ce genre de contexte, généralement, je circule en prenant l'air de savoir ce que je fais et j'attends qu'on m'interpelle pour intégrer l'un ou l'autre groupe. Lorsque c'est fait, en fonction des sujets de discussion et de la connaissance que j'ai des personnes en face de moi, soit j'écoute poliment, je souris, je prends l'air étonné et je rigole en fonction de ce que je pense devoir faire, soit je participe.

Compte tenu de mes réflexions du moment, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien entre Asperger et cette maladresse sociale qui me caractérise.

Est-ce de ce genre de chose dont il s'agit quand on parle de l'écart qui peut se former entre un aspie et les autres ? Ou bien est-ce que cette attitude que j'adopte peut s'expliquer plus simplement par de la timidité ?
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Jf79



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Ven 11 Jan 2019, 11:14

C'est l'ensemble des symptomes qui fera que ce sera assez significatif pour qualifier.
J'ai eu les même vécus en soirée, je compatis

Ce a quoi les personnes diagnostiquées sur le tard ont du mal à croire, c'est que les travaux de Hans Asperger aient été aussi peu connus et aussi tardivement.

L'évaluation, multidisciplinaire, par des personnes expérimentées, est là
Les 3/4 des personnes diagnostiquables ne sont pas diagnostiquées, je pense que ces partages sont une contribution à la communauté

JF
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Dumbo



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Ven 11 Jan 2019, 11:35

Dans ce que je lis, j'ai l'impression que le diagnostic apporte généralement du soulagement aux personnes qui ont toujours vécu dans une certaine souffrance.

En ce qui me concerne, même je ressens parfois du mal-être, cette hypothèse apporte surtout un très grand nombre de réponses à des questions qui hantent ma tête depuis 34 ans...
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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Ven 11 Jan 2019, 17:38

Dumbo a écrit:
[…]
- Je ne crois pas en la probabilité qu’il puisse y avoir autant d’Asperger dans une même famille […]
Et pourquoi pas ? En l'état de ce que je connais des TSA et des « troubles » voisins en rapport avec ma propre famille, je pense qu'il s'agit de symptômes neuronaux, donc physiques plus que strictement psychiatriques, en gros la part physique du psychique, c.-à-d. possiblement héréditaires.
Moi dans votre présentation je perçois des possibles symptômes de Troubles du Spectre Autistique, de HP et de TDA-H (et vous citez en plus des troubles bi-polaires). Tout ça me semble assez cohérent. Bon, maintenant des symptômes ne font pas un diagnostic complet (et on se garderait bien d'en faire sur un forum, surtout si on n'est pas médecin spécialisé) mais ça donne une relativement bonne indication. De quoi ? Éventuellement d'une prise en charge, selon les besoins par des professionnels ou par soi-même, car ça ne peut pas faire de mal que de bien se connaître.
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Dumbo



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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Sam 12 Jan 2019, 14:09

Résultat du test de QI de ma fille : QI homogène de 141.

J'ai demandé si la piste "Asperger" pouvait être envisagée ou si son QI expliquait tout. La personne en face de moi ne savait pas trop, car elle n'est pas spécialisée dans les TSA. Mais elle me disait que c'était effectivement une possibilité.

En tout cas, cela confirme déjà notre première intuition. On va avancer avec cette nouvelle connaissance et voir ce que cela donne par la suite.

En ce qui me concerne, sans que je pose la question, la psy me disait qu'elle percevait en moi un comportement et une attitude révélatrice d'un haut potentiel également. Je vais donc poursuivre ma lecture de "Trop intelligent pour être heureux. L'adulte surdoué" et je verrai si ce livre répond à toutes mes questions ou si je dois continuer à creuser du côté d'Asperger. Car effectivement, mieux se connaitre ne peut être qu'une bonne chise Smile
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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    Sam 12 Jan 2019, 20:29

J'ai le même qi ^^
Ça m'avait fait me sentir marginal

À propos de ces ouvrages, j'avais trouvé cet article et les commentaires dessous éclairants et ai commencé à lire la littérature scientifique des tsa

http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/la-pseudoscience-des-surdoues/
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MessageSujet: Re: Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)    

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Si vous avez le courage de lire un message de 5 pages... :)
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