SYNDROME D'ASPERGER

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 Ahhh! Enfin!

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Frivole



Nombre de messages : 1
Date d'inscription : 10/12/2013

MessageSujet: Ahhh! Enfin!   Mar 10 Déc 2013, 18:25

Bonjour à tous et à toutes!

Après des années et des années de recherches infructueuses et de suivi médical et psychiatrique plus qu'inutiles, voilà que la réalité me frappe en pleine face comme un billot de bois. Enfin. Enfin, je suis arrivée quelque part.

Je m'explique: j'ai toujours su que quelque chose clochait chez moi. Petite, j'était dans mon univers, plus que ça tu meurs. Je ne savais pas comment faire avec les autres enfants, je passais pour gênée, immature et lunatique. Rien de bien grave, me direz-vous.

Mais les difficultés d'adaptations se sont multipliées vers la fin du primaire et j'étais systématiquement mise à l'écart par mes pairs, qui se moquaient de moi et de mes attitudes, et j'étais impuissante face à ça. Triste d'être rejetée mais bien incapable de comprendre ce que je faisais qui ne marchais pas. (À vrai dire, je ne comprends toujours pas ce que je fais qui fait de moi une fille à part, appréciée de ses amis mais... tous s'entendent pour dire que je suis pas tout à fait normale.)

Manies bizarres, propos impertinents, incapacité à suivre des consignes bien assimilées par tout le groupe, réaction excessives, tics, j'en passe.... Je l'avais pas l'affaire, comme on dit par chez nous (je suis du Québec).

J'ai commencé à sociabiliser pour de vrai vers l'âge de 16 ans. Et, encore, je veux dire par là que je faisais partie d'un groupe de jeunes populaires de mon école mais... je ne disais pas un mot. À une, voire, deux personnes. Mais, sinon, silence total et presqu'immobilité complète: j'aurais pu être une plante verte dans un coin de la pièce que ça n'aurait rien changé. Ça m'a pris 6 mois pour me décoincer. Puis, les autres ont commencé à me trouver sympa.

Mais, intelligente, on me le disais, cultivée (je retiens une quantité phénoménale de détails sur tous les sujets), bonne à l'école (quand je le veux bien) et capable d'humour, d'empathie, de compassion... bref, en gros je suis une bonne personne. Je crois...

J'ai vécu une dépression majeure à l'âge de 17 ans. Je ne m'en suis jamais vraiment remis. Les épisodes dépressifs m'ont fait adopter une foule de comportements tels que l'automutilation, l'isolement et l'incapacité chronique à exprimer ce que je ressens, vraiment. J'ai découvert les paradis artificiels, je m'en suis donnée à coeur joie et j'ai entamé des études supérieures, d'abord en théâtre puis en littérature. Je termine ma licence demain. (je devrais être en train d'étudier mais j'en ai pas tellement envie)

Je me suis fait des amis au collège (cégep) et ils sont toujours présents dans ma vie. Mais, mais... ça m'a pris un gros 5 ans minimum pour me sentir pleinement à l'aise de les fréquenter. En petit groupe, ça va. J'ai travaillé très fort là-dessus.

Toute situation qui requiert des aptitudes en sociabilité m'angoissent énormément. Trop. Je pensais, récemment, que j'avais un trouble d'anxiété généralisé: j'ai mis 6 ans à compléter mes études universitaires parce que trop exigeant, trop de stress. Je fige et plus rien ne se passe. J'ai fait je ne sais combien de crises d'angoisse à l'idée d'entrer dans une salle de cours et je suis TOUJOURS en retard. Toujours. Sortir de chez moi ne se fait pas aisément non plus: sauf pour aller chez l'épicier du coin, je dois me préparer mentalement à affronter le monde et à contrôler mon stress. (ça nécessite également une préparation physique que l'on peut assimiler à de la coquetterie...)

J'ai appris à ''agir'' normalement pour me faire accepter socialement mais au prix d'un stress énorme qui a eu des répercussion assez importantes sur ma santé physique.

C'est simple: je stress trop. Le bruit me stress et m'empêche de réfléchir, de faire ce que je fais. Il se manifeste quand j'ai plus qu'une tâche à accomplir en même temps, quand trop de personnes me parlent en même temps, quand quelqu'un s'incruste dans ma bulle alors que je n'en ai pas envie, ça m'irrite, ça me rend limite agressive. En fait, ça m'agresse carrément. Je n'aime pas être touchée et, quand ça arrive, je fige parce que même si j'aime pas ça, je ne sais pas comment faire ni quoi dire pour que l'autre me lâche sans créer de malaise. Alors j'endure.

Pour me calmer les nerfs, je me gruge l'intérieur des lèvres et des joues de façon compulsive, j'essaie d'arrêter parce que ça bousille ma dentition et ça me crochis tout le visage et, surtout, parce que ça me donne l'air encore plus bizarre! J'essaie d'arrêter mais je n'y arrive que durant quelques mois, puis, au moindre changement de routine (nouvel emploi, début de session, nouvelle amitié, nouvel amour), ça recommence.

Je vis d'obsession en obsession: ça a été les films, la musique, des sujets divers, quand j'aime, je dévore tout tout tout, je lis tout, j'explore à fond, je ne pense qu'à ça, je ne parle que de ça, je ne vis que pour ça. Puis, pour le reste, j'ai un tas de petites passions que j'explore et qui me gonfle très vite. Si j'ai plus envie d'en savoir plus ou de persister dans telle ou telle passion, rien à faire, me forcer me rend anxieuse, de mauvaise humeur, voire, frustrée. J'ai une passion pour la musique: c'est simple, j'écoute toujours les mêmes chansons que j'adore et qui me font planer, je les connais par coeur (je veux dire, d'un point de vue sonore: je connais les partitions de chaque instrument, le rythme, les modulations, les solos, tout, tout, tout, par coeur. N'essayez pas de changer une seule note, ça ne m'échappera pas!)

J'ai de la chance: le destin a voulu que je devienne vendeuse de métier. Avec les clients, je suis très à l'aise et ma technique de vente est pour le moins originale (mais elle fonctionne). Ça a pris du temps, mais je me débrouille très bien même si ça me prend beaucoup de mon énergie. À travers ce métier, j'ai appris à être plus méfiante, à dépister les arnaqueurs et les voleurs. En effet, je suis extraordinairement naïve et je le sais. Même après plus de dix ans de pratique, je peux encore me faire avoir.... et ça me met hors de moi!

Autant j'adore la littérature, autant je n'aime pas trop lire des romans. J'ai jamais pu finir Flaubert (mon dieu que c'est plate!) ni Balzac. Je termine rarement les romans que je commence. Ceci dit, je suis une experte en analyse de textes en tous genres: poésie, prose, romans, théâtre, contemporain, ancien français, n'importe quoi, laissez-moi quelques heures et je vous dresserai un portrait assez juste de la signification du texte. Étrange n'est-ce pas? Autant je peux rater une blague entre amis, autant je peux vous dire avec exactitude ce que tel mot veut dire dans tel contexte, toutes les définitions possibles, l'étymologie, les double-sens, les jeux de mots, les anagrammes, les allitérations et autres jeux phonétiques, name it, je fais tout ça avec une facilité désarmante. Et j'aime ça.

Pour finir, j'aimerais vous dresser un tableau réaliste de ce que je vis au quotidien mais je doute pouvoir y arriver. Sans doute que plusieurs d'entre vous savent d'emblée ce que je ressens... J'ai du mal à faire abstraction des stimulus autour de moi... son, mouvement, lumière, tout me déconcentre et m'empêche d'accomplir des tâches simples. Par exemple, alors que j'écris ces lignes, je suis à la bibliothèque de la faq et la fille assise en face de moi s'est levée, a mis son manteau et est partie. Je n'ai pu compléter ma phrase précédente avant qu'elle ait complètement plié bagage parce que trop distraite par le stimuli. Je remarque une foule de choses: les plaques d'immatriculation, les devantures des magasins, le mouvement des arbres dans le vent, les subtilités du bruit du moteur de l'autobus dans lequel je suis, tout les maudits détails. Et, après, je ne regarde pas où je met les pieds et je fais une boulette. Évidemment. Gaffeuse comme mille, j'échappe tout, je m'accroche les pieds, je suis une nullité absolue en sport. Mais j'aime le ballet. C'est très structuré et très codifié, et, un coup que je connais bien les codes et les structures, ça va. Mais ça me prend plusieurs coups d'essai pour bien reproduire les mouvements que le prof nous enseigne.

Rajoutez à ça un léger problème de dyslexie, une capacité très limitée à estimer le temps qui passe, un sens de l'orientation médiocre, une attention limité, une imagination envahissante, une incapacité chronique à stopper le flux de pensées qui m'assaillent sans cesse.... Arff... pas facile la vie dans ces conditions!

Et là, comble de tout, j'ai un amoureux!!! Il faut savoir qu'à presque 30 ans, je n'ai jamais eu de relation amoureuse digne de ce nom avant aujourd'hui. Mon copain le sait, mais il ne sait pas pourquoi. Le stress, je vous dis pas; comment on fait? Qu'est-ce qu'il attend de moi? Qu'est-ce qui est normal de faire et qu'est-ce qui ne l'est pas? Comment exprimer ce que je ressens? Vais-je le blesser? Faire en sorte qu'il se détourne? Qu'il me rejette? Devrais-je être plus affectueuse, moins? Devrais-je discuter de certaines choses avec lui ou pas? Ne me dites surtout pas d'y aller comme je le sens, je ne sens rien du tout! Mais je l'aime et ce que je ressens m'obnubile, m'angoisse, me plaît aussi et me donne envie de pleurer de joie, de soulagement.

Le problème, c'est qu'on a ÉNORMÉMENT de points en commun, tous les deux. Est-ce un problème ou un atout? Peut-il me comprendre? Peut-on se comprendre mutuellement?

Voilà un gros tas de questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse aujourd'hui. Vaudrait mieux que j'aille étudier pour mon examen de demain (même si j'en ai pas du tout envie et que de le faire quand même va me tirer tout mon jus, me stresser incommensurablement et faire en sorte que je vais revenir chez moi complètement épuisée!)

Hier, je suis tombée sur un article qui parlait de ces autistes adultes que l'on ne voit pas. J'ai compris que ça me concernait. Je m'en doutais même un peu...

Je ne souhaite pas obtenir de diagnostique, je sais trop bien que les étiquettes ne servent pas à grand chose. Mais, quand même, je crois qu'il serait grand temps que j'accepte mes aptitudes étranges autant que mes limites! Et que je cesse de culpabiliser...

Merci de m'avoir lue, mon nom est Frivole et je suis une authentique aspie!  flower 
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sandral



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Date d'inscription : 08/03/2007

MessageSujet: Re: Ahhh! Enfin!   Mer 11 Déc 2013, 15:23

salut miss Frivole
je te souhaite la bienvenue ici
ta description est bien précise et avec plein de ressemblance aux aspis, en tous cas t'a fait du chemin , c'est super

ici nous ne posons pas de diagnostic du tout , on est soit parent , soit on a des tendances aspis ou on est diagnostiqué aspis, les 3 cas de figures coexistent. je préfère le mot atypiques pour résumer notre façon d'être , moi aussi je n'apprécie pas les étiquettes

on est de Belgique, de France et y a aussi quelques canadiens

tu trouveras peut être des réponses dans les diverses posts ici à toutes tes questions
et que tu découvres l'amour si tard et bien c'est normale que cela te stresse ! mais si il est atypique aussi et bien la seule solution est d'oser exprimer ce qui va pas et aussi ce qui va !!

bien à toi

Sandral, modératrice
 cat
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NANNY



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Date d'inscription : 05/03/2014

MessageSujet: Merci   Mer 05 Mar 2014, 14:27

Merci de ton témoignage qui fait du bien, qui aide à comprendre, nous, les compagnes ou compagnon (?) de personnes à tendance Asperger ! ;o)

Tu as le courage de t'analyser, te rendre compte.... J'ai bien compris que communiquer est souvent difficile sauf par l'écrit et tu le fais très bien.

J'espère que la Licence est dans la poche ! ;o)

A bientôt et bon courage.

Nanny
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MessageSujet: Re: Ahhh! Enfin!   Aujourd'hui à 07:58

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Ahhh! Enfin!
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